Erich Engelbrecht aux Fougis.

Erich Engelbrecht était ingénieur, diplômé en électrotechnique, mécanique et économie au sortir de ses études de l’université de Hanovre en 1954, mais il se considérait avant tout, comme artiste. En 1960, après avoir travaillé à des projets industriels importants, il a embrassé pleinement la profession artistique. Son expérience technique continuera de jouer un  rôle non négligeable dans son travail artistique, surtout pour les aspects architecturaux et la fabrication de sculptures monumentales.

 

Le contexte de l’oeuvre rassemblée aux Fougis

Erich Engelbrecht né à Bielefeld en Allemagne en 1928, s’est toujours tenu hors des grandes modes artistiques. Vers la fin de sa vie, il est venu recréer l’essentiel de son œuvre ors du commun qui s’étale sur plus de 50 ans, au Château des Fougis de Thionne, un petit village français de 330 habitants. La taille des œuvres qui décorent les jardins est à elle seule, assez exceptionnelle. Non moins original, est l’effet visuel de ces sculptures fabriquées pourtant selon des principes de construction élémentaires en apparence – il s’agit principalement de “tôles” d’acier très épaisses, mise debout, découpées finement le long d’une courbe dessinée. Dans ces masses d’acier, la surface pleine se veut aussi lourde de sens que le vide. Les images ainsi dessinées peuvent mesurer jusqu’à 12 mètres de haut et jouent sur l’ambiguïté des symboles cachés, à la frontière de l’abstraction.

Sans quitter le délicat monde secret des mythes et des contes de fées auquel leur titre fait souvent référence, en marge de leur apparence ludique, elles abordent sans doute aussi le traumatisme plus grave, d’avoir encore dû assister comme jeune adolescent à la fin de la Seconde Guerre mondiale, au désastre nazi.

 

L’inspiration de l’oeuvre

Erich  Engelbrecht s’inspire principalement de ce que le philosophe Carl Jung a le premier, tenté de décrire comme étant des “archétypes de la pensée humaine”. Ces archétypes qui ont souvent été analysés dans les contes de fées et récits mythologiques, fournissent depuis toujours le prétexte à de nombreuses œuvres artistiques. La philosophie orientale taoïste est aussi un sujet d’inspiration majeur de l’oeuvre exposée au château des Fougis (les études de la philosophie taoïste ou jungienne, chacune autrefois bien développées en France, reviennent sur le devant de la scène aujourd’hui après une assez longue période de latence).

 

Contes et sagas

L’universalité des contes de fées, des mythes et des archétypes de la pensée humaine font le sujet des sculptures de Engelbrecht. Il a développé son langage artistique pour communiquer des idées à travers la représentation physique de ces histoires. Les personnages, animaux et objets qui se mêlent dans un dialogue – ensemble, au sein d’une même sculpture – véhiculent des significations connexes mais qui ne se révèlent pas au premier coup d’œil. Le public est invité à décoder grâce à une observation attentive et libre de l’œuvre. L’intégration de thèmes fantastiques et de contes de fées rend cette démarche accessible à tous les âges.

L’influence taoïste 

Le taoïsme chinois aura beaucoup affecté les idées d’Erich Engelbrecht, fervent lecteur du Yi Jing, le livre des “transformations” (désigné depuis Confucius comme le “5e pillier classique” de la culture chinoise). Il y a eu accès sans doute par le biais des écrits de Carl Jung également. Jung s’était lié d’amitié avec Richard Wilhelm, le célèbre traducteur  du Yi-Jing dans sa version allemande la plus répandue et avait œuvré principalement au succès de la publication. Les écrits de Jung sur la psychologie du développement personnel ont été du reste passablement influencés par l’approche moderne de cette traduction « taoïste » de Wilhelm, en particulier le concept de synchronicité et le développement de soi (1) –  encore plus que par la culture hindoue.

Erich Engelbrecht a souvent tenu à intégrer des dimensions taoïstes dans son œuvre artistique comme il leur donnait une importance réelle dans son quotidien. Le visiteur de l’exposition peut utiliser ces idées comme clés d’interprétation de l’exposition des Fougis, et peut-être même ressentir pour lui-même, l’inspiration dont il est question entre autre dans le livre des “transformations”, pour tenter de retrouver la difficile faculté d’ouverture d’esprit dont il y est déjà question depuis des millénaires.  C’est sans doute ici que réside une des intentions majeures d’Erich Engelbrecht. Son oeuvre devait avoir le potentiel d’évoquer une grande variété de sentiments chez le spectateur, mais les sculptures ramènent aussi invariablement à un sentiment d’universalité sous-jacent – “l’inconscient” ou les mythes collectifs –  dans lequel notre conscience individuelle trouve ses racines pour aller “plus loin”.

 

Pédagogie

Témoigner de l’originalité de cette approche créative peut être un atout artistique et culturel sérieux pour la réflexion des jeunes gens, dès la période de scolarité même. L’apprentissage de l’approche créative d’Erich Engelbrecht peut être particulièrement intéressante pour les élèves du secondaire qui suivent un programme de philosophie en terminale.

Christine Engelbrecht

(1) Coward, H. (1996). Taoïsme et Jung : Synchronicité et Soi. Philosophie Est et Ouest, 46(4), 477-495. doi:10.2307/1399493